Une solitude invisible

Une solitude invisible

Depuis plusieurs semaines, je suis plongée dans une intense réflexion. Je constate que je suis entourée et « bien entourée ». J’ai des ami(e)s qui prennent des nouvelles, avec qui je sors, d’autres avec qui je joue en ligne. Mon carnet de bal ne souffre d’aucune vacance.

Et pourtant, je rentre chez moi le soir et je constate que je n’ai personne avec qui m’asseoir, dîner et raconter ma journée. Que lorsque je me réveille pendant la nuit prise de vertige par ma solitude, je n’ai personne à appeler, bien que les miens savent que je répondrai à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Je suis incapable de m’autoriser la même chose alors que j’en ai besoin ou encore parce que même si j’ouvre l’application de mon carnet de contact sur mon téléphone, je ne sais pas qui appeler.

Ces dernières années, j’ai enchaîné les déceptions sentimentales aussi bien amicales que romantiques. J’ai mis un terme à une relation où je portais tout à bout de bras et dans laquelle, on m’a appris à dire « merci » pour les miettes. Une relation pour laquelle j’ai consenti tous les efforts. Où au final, je me suis nourrie de l’illusion qu’avec du temps, de l’amour et de la patiente, la personne prendrai enfin la peine de m’écouter, de prendre mes griefs au sérieux et ferai quelques efforts.

En amitié, ça n’est guère mieux. Moi qui me targuait d’avoir érigé une muraille de Chine autour de mon cœur, parce que trop souvent on avait abusé de ce que j’avais à offrir… J’ai laissé sans le savoir, une porte dérobée ouverte, qui a permis à quelqu’un de prendre tellement de place que je l’ai adopté comme ma chair et mon sang. Quelqu’un avec qui l’intimité émotionnel et physique, me faisait me sentir en sécurité et avec qui malgré moi, j’ai appris à me pacifier.

Alors quand du jour au lendemain, je suis devenue « persona non grata » ou les faits ont été sali par des suppositions et des élucubrations. Je me suis trouvée face à une personne qui une nouvelle fois était capable de se laisser abuser par la distorsion des faits et de la réalité, alors même qu’elle avait passé une majorité des tours du cadrant en ma compagnie pendant 6 mois.

Une personne que j’ai soutenue, pour qui je me suis battue, pour laquelle j’ai compromis mon intégrité financière et relationnelle avec certaines personnes, sans y réfléchir à deux fois. Parce qu’elle en avait besoin parce que je lui faisais confiance et que je ne voulais pas être une personne de plus dans sa vie à être spectatrice de ses difficultés et ne pas lui tendre la main, alors que j’en avais la possibilité.

Aujourd’hui, je ne regrette rien. Bien que le silence qui a suivi son départ est pour moi d’une cruauté absolue, je sais que j’ai adopté un comportement digne et je lui souhaite véritablement le meilleur pour la suite car après tant de souffrances, elle mérite de trouver la paix et son équilibre. Et il m’appartient à moi, de faire le deuil de cette amitié/fraternité et de ce mur derrière mon dos, que je pensais inébranlables.

Est-ce que j’aurai aimé que le fin mot de l’histoire ait été révélé au grand jour ? Est-ce que j’aurai aimé lui dire la vérité et que la personne découvre à quel point, nous avons tous été manipulé ? Ma réponse est : est-ce que véritablement, ça a encore de l’importance ? Car si on ne peut pas se fier aux mots, on peut se fier aux actes. Dans ce cas précis, elle a au moins eu la décence d’être raccord entre les deux.

Tout d’abord, en coupant pour ainsi dire toute communication et ensuite en me disant un jour qu’au final que malgré son sentiment personnel ma souffrance ne pesait que peu dans la balance.

Alors oui, j’ai pleuré, j’ai été en colère et lorsqu’un jour quelqu’un m’a appris l’étendu du jeu de marionnettiste auquel nous avions pris part sans le savoir, j’ai eu le tournis. Je savais les humains être capable du pire. En revanche, je ne m’attendais pas à ce qu’on soit capable d’un tel niveau de perfidie et de malveillance, d’une part pour obtenir que nous ne puissions plus être ami et d’autres par car l’une des deux marionnettistes l’a fait selon ce qui m’a été rapporté par pur plaisir et ennui.

Alors depuis, j’ai pris mon sceau de ciment et ma truelle. Je m’applique à colmater les brèches, les fissures, les usures… Je continue de sortir, de passer du temps avec les gens, d’être là pour eux, de sourire, d’amuser la galeries. Parce que je ne sais pas fonctionner autrement, même si le cœur n’y est plus. Subsiste encore se troue béant avec lequel je ne sais pas quoi faire car le ciment est insuffisant.

Auparavant, je m’accommodais du fait que j’avais la certitude que quelque part les gens ne pouvaient pas être à la hauteur car la barre était placée si haute que j’avais la conviction qu’elle était inatteignable. Le problème maintenant est : que fait-on maintenant que quelqu’un a prouvé qu’il en était capable ?

Pour moi, les individus ne sont pas interchangeables. Et je suis une fervente croyante de « soyez vous-même car tous les autres sont déjà pris ». Quand bien même certain(e)s de mes ami(e)s m’ont quitté, jamais personne ne saura les remplacer dans mon cœur ni effacer les bons comme les moins bons moments. Car en vieillissant, j’ai appris à être reconnaissante pour le chemin parcouru et à accepter la douleur quand il est temps de se lâcher la main et reprendre chacun son chemin.

Puis, il y a eu cette amie que je considérai comme ma sœur, encore quelqu’un pour qui je n’ai rationné ni mon temps, ni mon énergie, ni mon affection. Quelqu’un dont jusqu’à présent, je n’avais jamais remis en cause la réciprocité des sentiments. Jusqu’à ce que je reçoive une annonce de sa part qui m’a profondément déstabilisé et que comme ça m’arrive rarement, je le prenne franchement mal. D’autant plus que lorsqu’elle a essayé de se justifier et elle a changé sa version des faits plusieurs fois en un seul appel. Appel durant lequel, bien plus que l’annonce en elle-même, j’ai découvert qu’on avait des visions radicalement opposée sur la famille choisie et que mon point de vue, le terme de « sœur » est sacré alors que de son côté, il semble que ce soit un terme galvaudé.

Honnêtement, je ne sais pas comment revenir de tout ça. Et peut-être que cette fois-ci, c’est la fois de trop car je traîne ses épines dans mon cœur comme une croix. Majoritairement, je garde ça pour moi et j’observe un silence de rigueur. Car de toute façon auprès de qui se fendre en désespoir plaintif ? Qui a le temps et l’envie pour ça ? De dire « Lia, je suis désolée pour toi », « c’est vrai les gens ont abusé de toi », « tu mérites des excuses ».

Et c’est là que j’ai compris… Par le passé, je l’ai toujours dit et ça ne me pesais pas non plus :  je ne suis la priorité de personne. Mais ma solitude, peut se résumer en une phrase :

« Les gens ont toujours réussi à me faire sentir spéciale, rarement à me faire sentir aimée. »

Maintenant, la question, c’est qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ce constat. Pour être franche, je ne sais pas. Ce que je peux déterminer c’est que je n’ai plus confiance et que ça se traduit par le fait que je ne laisse plus les gens me toucher. Occasionnellement, j’accorde une embrassade lorsqu’elle ne me coûte rien. Chez moi l’affection physique est un témoin de confiance et de vulnérabilité. Et comme je l’ai expliqué plus haut, une manière de me pacifier. Je sais rationnaliser le pourquoi du comment les gens adoptent tel ou tel comportement et je suis capable de leur pardonner. Nonobstant, ça ne change rien aux conséquences. Je commence même fortement à douter que le temps puisse y remédier ni aujourd’hui ni demain ni même dans dix ans. Et qu’au soir de ma vie, je penserai encore à ces personnes avec reconnaissance mais sans que les souffrances qu’ils aient engendrées ne m’aient jamais quittées.

Alors oui, je suis entourée mais à 2 heures du matin, quand ça ne va pas, que la nuit se referme sur moi.

Je n’ai personne à qui je puisse téléphoner.